En bref. Nos arrivées estimées divisent la distance qui reste à chaque bateau par sa vitesse de rapprochement du but sur les dernières 24 heures, puis ajoutent le tour de la Guadeloupe. Nous avons rejoué ce calcul sur les 155 pointages de la course, du 1er au 6 novembre. Il se trompe en général de 14 à 18 % du temps restant, plus souvent vers le retard que vers l'avance. Notre première fourchette était trop étroite : elle ne contenait l'heure réelle qu'une fois sur quatre. Elle va désormais de 20 % plus tôt à 45 % plus tard, et elle tombe juste au moins trois fois sur quatre.

Une division, pas une boule de cristal

La cartographie officielle publie à chaque pointage, toutes les heures, la distance qui sépare chaque bateau de l'arrivée. Elle publie aussi sa VMG, la vitesse à laquelle il se rapproche vraiment du but. Ce n'est pas la vitesse du bateau : un trimaran qui file à 30 nœuds à 45° de sa route ne gagne que 21 nœuds vers Pointe-à-Pitre.

L'heure estimée, c'est la distance divisée par cette VMG. Reste à choisir laquelle :

  • La VMG des 24 dernières heures compte pour 70 %. Elle lisse les virements, les empannages et les passages à vide d'une nuit sans vent.
  • Celle des 4 dernières heures compte pour 30 %. Elle dit si le bateau vient d'accélérer en touchant l'alizé, ou de ralentir sous une dorsale.

Nous avons essayé d'autres dosages sur les mêmes données. La VMG sur 24 heures seule fait presque aussi bien. Celle des 4 dernières heures seule fait nettement moins bien au-delà d'une journée, car elle prend un grain pour une tendance.

Le site ne donne pas d'estimation pour un bateau qui ne fait pas route vers l'arrivée (VMG sous 2 nœuds), qui a abandonné ou qui signale une avarie. L'heure est arrondie au quart d'heure, et elle est recalculée à chaque pointage.

Le dernier tour de l'île compte à part

L'arrivée ne se juge pas en pleine mer. Après la Tête à l'Anglais, au nord-ouest de la Basse-Terre, les bateaux descendent la côte sous le vent, passent la bouée de Basse-Terre puis remontent jusqu'à Pointe-à-Pitre. Ce tour fait environ 56 milles. Le relief y dévente les voiles, et personne ne le boucle à la vitesse du large (voir les pièges météo de Saint-Malo à la Guadeloupe).

L'estimation compte donc ces 56 derniers milles à une vitesse propre à chaque classe : 13 nœuds pour les Ultim, 10 pour les Ocean Fifty, 9,5 pour les IMOCA, 8 pour les Class40, 7 pour les Vintage Multi et 6 pour les Vintage Mono. Ce sont nos hypothèses, tirées des éditions passées, pas des mesures de 2026. Les premières arrivées diront si elles tiennent.

Comment nous avons mesuré la fiabilité

Aucun bateau n'a encore franchi la ligne. Pour juger la méthode, nous avons pris chaque position réelle d'un bateau, 6 à 72 heures après un pointage, comme une ligne d'arrivée fictive. Au pointage de départ, le calcul du site dit en combien de temps le bateau couvrira cette distance. On compare ensuite au temps qu'il a vraiment mis.

Toute la flotte y passe, sur les 155 pointages du 1er novembre à 13 h 02 au 6 novembre à 13 h (heure de Paris), soit plus de 30 000 comparaisons. Seule la première journée est écartée : la VMG sur 24 heures n'y existe pas encore.

Le temps réel face au temps estimé

Voir les chiffres
HorizonCasMédianeMoitié des casDans la fourchette
6 h9 040+2 %−10 % / +22 %77 % (avant 45 %)
12 h8 428+4 %−9 % / +22 %77 % (avant 26 %)
24 h7 199+6 %−7 % / +23 %79 % (avant 25 %)
48 h4 786+11 %−1 % / +27 %83 % (avant 33 %)
72 h2 379+17 %+5 % / +31 %86 % (avant 35 %)
Route du Rhum 2026, toute la flotte, 155 pointages du 1er au 6 novembre. Chaque position réelle d’un bateau, quelques heures plus tard, sert de ligne d’arrivée fictive. Calcul Offshore Races d’après la cartographie officielle.

Trois enseignements :

  • L'écart typique ne fond pas avec la distance. Il vaut 14 % du temps restant à 6 heures de la ligne fictive, 15 % à 24 heures et 18 % à 72 heures. Une estimation à deux jours de l'arrivée se trompe donc couramment de sept heures.
  • L'erreur penche vers le retard. Dans le cas médian, le bateau met 2 % de temps en plus que prévu à 6 heures, et 17 % de plus à 72 heures. Sur cette première semaine, la flotte a ralenti en abordant l'anticyclone des Açores, et la VMG des jours précédents promettait trop.
  • Les écarts sont asymétriques. Un bateau arrive rarement plus de 20 % en avance, mais une transition sans vent ou une avarie le retardent de 50 % et plus.

Ce que la mesure a changé

La première version de la fourchette s'élargissait de 6 % plus 2,5 % par jour restant, un peu plus vers le retard. C'était un choix raisonné, pas une mesure. Rejouée, elle ne contenait l'heure réelle que 25 à 45 % du temps.

Depuis cet article, la fourchette est tirée des mesures : de 20 % du temps restant plus tôt à 45 % plus tard. Elle contient l'heure réelle 77 % du temps à 6 heures, 79 % à 24 heures et 86 % à 72 heures. Elle est large, et c'est voulu. Une fourchette serrée qui se trompe trois fois sur quatre rassure à tort.

Concrètement, à 32 heures de l'arrivée, un Ultim reçoit une fourchette d'environ 6 heures et demie plus tôt à 15 heures plus tard. Un Class40 à neuf jours de la ligne reçoit une fourchette de près de deux jours plus tôt à quatre jours plus tard : à cette distance, seul le jour d'arrivée a un sens.

La fiabilité varie beaucoup d'une classe à l'autre. Voici les chiffres pour une ligne fictive à 24 heures :

Classe Écart typique Dans la fourchette
Ultim 28 % 60 %
Ocean Fifty 19 % 70 %
IMOCA 19 % 69 %
Class40 13 % 86 %
Vintage Mono 13 % 85 %
Vintage Multi 14 % 83 %

Pourquoi les Ultim sont les plus durs à prévoir

La vitesse d'un Ultim dépend énormément du vent : il dépasse 30 nœuds dans l'alizé et tombe sous 10 nœuds dans une molle. Le moindre changement de météo bouleverse donc sa VMG, alors qu'un Class40 garde une allure plus régulière. Les Ultim font aussi les plus grands choix de route : contourner un anticyclone par l'ouest peut faire chuter la VMG pendant une demi-journée, le temps de retrouver du vent.

L'exemple de Tom Laperche, en tête sur SVR-Lazartigue, le montre bien. Voici ce que disait notre estimation, recalculée avec la fourchette actuelle, à quelques pointages de la course (heures de Guadeloupe, cinq heures de moins qu'à Paris) :

Pointage Reste Arrivée estimée et fourchette
lun. 2, 8 h 2 832 mi ven. 6, 5 h 45
jeu. 5, 11 h → dim. 8, 0 h
mar. 3, 8 h 2 056 mi ven. 6, 2 h 15
jeu. 5, 13 h → sam. 7, 8 h 15
mer. 4, 8 h 1 723 mi dim. 8, 4 h 15
sam. 7, 9 h 45 → lun. 9, 21 h 45
jeu. 5, 8 h 1 095 mi sam. 7, 7 h 45
ven. 6, 22 h 15 → dim. 8, 5 h 15
jeu. 5, 20 h 712 mi ven. 6, 23 h 30
ven. 6, 18 h → sam. 7, 12 h
ven. 6, 8 h 575 mi sam. 7, 16 h 45
sam. 7, 10 h 15 → dim. 8, 7 h 30

Entre le 3 et le 4 novembre, SVR-Lazartigue n'a réduit sa distance au but que de 87 milles en douze heures, contre près de 400 la demi-journée d'avant : le trimaran contournait une zone sans vent. L'heure estimée a reculé de deux jours, puis elle est revenue à mesure que le bateau retrouvait l'alizé. Les écarts viennent de la météo, pas du calcul, et seule une fourchette large en rend compte honnêtement.

Vitesse du moment ou routage : deux avis sur la même arrivée

L'estimation décrite ici suppose que le bateau gardera sa vitesse récente jusqu'au bout. Pour les cinq premiers de chaque classe, la fiche coureur du suivi en direct donne aussi une arrivée routée. Elle est calculée en faisant naviguer le bateau dans le vent prévu, avec sa polaire de vitesse. Son fonctionnement et sa propre précision sont détaillés dans le routage du direct, comment ça marche.

Les deux avis divergent souvent. Le 6 novembre à 8 h, heure de Guadeloupe, l'estimation à vitesse constante attendait Tom Laperche le samedi 7 vers 16 h 45, et le routage le dimanche 8 vers 3 h 30, une dizaine d'heures plus tard. Cet écart a un sens : le vent prévu sur la fin du parcours ne ressemble pas à celui des dernières 24 heures. Quand les deux avis concordent, l'heure est plus sûre. Quand ils divergent, la vérité se trouve souvent entre les deux, et la fourchette les couvre en général tous les deux.

Les limites, en toute franchise

  • Une seule course, une seule météo. Nos mesures portent sur cinq jours de la Route du Rhum 2026. Les bateaux d'une même classe ont subi le même vent, et leurs erreurs ne sont pas indépendantes. Une autre semaine, dans un alizé bien établi, l'estimation serait plus juste.
  • Des arrivées fictives. Une position en plein Atlantique n'est pas la ligne de Pointe-à-Pitre. Le tour de l'île n'a pas encore été mesuré.
  • Une avarie ne se prévoit pas. Un bateau qui ralentit pour réparer sort de la fourchette, et il le restera jusqu'à ce que sa VMG sur 24 heures le rattrape.
  • Les données viennent de la cartographie officielle. Si un pointage manque ou arrive en retard, l'estimation part d'une position plus ancienne.

Nous referons la mesure avec les vraies arrivées, et nous recalerons la fourchette s'il le faut.

Où trouver les estimations

  • Toute la flotte d'un coup d'œil : la page des arrivées estimées classe les bateaux par heure d'arrivée probable, avec leur fourchette et un compte à rebours, à l'heure de Paris, de la Guadeloupe ou de votre téléphone.
  • Un bateau précis : sa fiche dans le suivi en direct donne l'estimation, l'arrivée routée et un bouton pour ajouter l'arrivée à votre agenda.
  • Le calendrier des classes : les dates repères tirées des records sont dans quand arrivent les bateaux en Guadeloupe ?.

Questions fréquentes

Comment est calculée l'heure d'arrivée estimée d'un bateau ?

La distance qui reste au bateau est divisée par sa vitesse de rapprochement du but (VMG), pondérée à 70 % sur les 24 dernières heures et à 30 % sur les 4 dernières. Les 56 derniers milles, le tour de la Guadeloupe, sont comptés à une vitesse plus lente propre à chaque classe. Le calcul est refait à chaque pointage, toutes les heures.

L'heure d'arrivée estimée est-elle fiable ?

Elle se trompe en général de 14 à 18 % du temps restant, soit environ sept heures à deux jours de l'arrivée. La fourchette affichée, de 20 % plus tôt à 45 % plus tard, contient l'heure réelle au moins trois fois sur quatre d'après nos mesures du 1er au 6 novembre 2026.

Pourquoi la fourchette est-elle plus large vers le retard ?

Un bateau dépasse rarement de beaucoup sa vitesse récente, mais une zone sans vent, une dorsale ou une avarie peuvent le ralentir fortement. Sur la Route du Rhum 2026, le temps réel a dépassé l'estimation plus souvent qu'il ne l'a devancée.

Quelle différence avec l'arrivée routée ?

L'heure estimée prolonge la vitesse des dernières heures. L'arrivée routée fait naviguer le bateau dans le vent prévu par le modèle GFS. Quand les deux concordent, l'heure est plus sûre ; quand elles divergent, la météo à venir ne ressemble pas à celle des dernières 24 heures.