1978 : 98 secondes et un disparu, la première Route du Rhum
Le 5 novembre 1978, 38 solitaires quittent Saint-Malo pour Pointe-à-Pitre. C'est la première Route du Rhum, et elle va entrer dans la légende pour deux raisons opposées : une arrivée qui se joue à 98 secondes, et un marin qu'on ne reverra jamais (Wikipédia, Route du Rhum 1978).
Une course ouverte à tous
L'épreuve est imaginée par le publicitaire Michel Etevenon, avec le syndicat des producteurs de rhum de Guadeloupe. La règle est simple : une traversée de l'Atlantique en solitaire et sans escale, ouverte aux monocoques comme aux multicoques, aux amateurs comme aux professionnels, sans limite de taille.
Sur la ligne se côtoient de grands monocoques et des trimarans. Parmi les partants, des noms qui feront l'histoire de la course au large : Olivier de Kersauson, Philippe Poupon, Marc Pajot, Bruno Peyron, et une jeune femme de 21 ans, Florence Arthaud, qui finira 11e.
98 secondes après 23 jours de mer
Le Canadien Mike Birch court sur Olympus Photo, un petit trimaran de 11,48 mètres. Face à lui, Michel Malinovsky mène Kriter V, un monocoque de 21 mètres, presque deux fois plus long. Après plus de trois semaines d'Atlantique, les deux bateaux arrivent ensemble en Guadeloupe.
Birch coupe la ligne en 23 jours 6 heures 59 minutes et 35 secondes. Malinovsky le suit en 23 jours 7 heures 1 minute et 13 secondes : 98 secondes d'écart. L'Américain Phil Weld complète le podium sur le trimaran Rogue Wave, devant Olivier de Kersauson (Kriter IV) (Wikipédia, 1978 Route du Rhum).
Au-delà du suspense, ce résultat annonce une révolution : un petit multicoque a battu un grand monocoque. Depuis, les multicoques ont remporté toutes les éditions au temps réel, jusqu'aux Ultim d'aujourd'hui.
La disparition d'Alain Colas
Alain Colas est alors l'un des marins les plus célèbres de France. Sur Manureva, l'ancien Pen Duick IV d'Éric Tabarly qu'il a racheté, il a gagné la Transat anglaise en 1972, puis bouclé en 1973-1974 un tour du monde en solitaire de 169 jours, 32 jours de mieux que Francis Chichester (Wikipédia, Alain Colas).
En 1978, il navigue parmi les hommes de tête. Le 16 novembre, après avoir dépassé les Açores, il envoie un message radio à RMC, son partenaire : « Je suis dans l'œil du cyclone, il n'y a plus de ciel, tout est amalgame, il n'y a que des montagnes d'eau autour de moi. » L'appel suivant, attendu le lendemain, ne vient jamais.
Les recherches commencent vers le 28 novembre. Quatre avions de patrouille maritime survolent environ 2 millions de km² pendant une vingtaine de jours, sans rien trouver. Le ministère de la Défense y met fin le 27 décembre 1978. Colas n'avait pas de balise de détresse à bord : elle était restée sur le quai au départ. Ni le marin ni le trimaran n'ont jamais été retrouvés ; collision avec un cargo ou rupture de la coque en aluminium, les hypothèses restent ouvertes.
L'héritage
La Route du Rhum est née de ce mélange d'exploit et de tragédie, et en a gardé l'esprit : une course tous les quatre ans, ouverte aux professionnels comme aux amateurs. En 2026, la 13e édition réunit encore des Ultim de 32 mètres et des voiliers de collection.
La suite de l'histoire du chrono, de Birch à Caudrelier, est dans Route du Rhum : l'histoire du record. Le tracé de la course est sur la fiche Route du Rhum du globe, et l'édition 2026 est présentée dans Route du Rhum 2026 : parcours, classes, skippers et records.