En bref. Au pointage officiel de 1 h du matin (heure de Paris), samedi 7 novembre, Corentin Horeau mène les IMOCA de la Route du Rhum avec près de 270 milles d'avance sur Sam Goodchild et Boris Herrmann. Mieux encore, il est 6e au classement général, tous bateaux confondus : seuls quatre Ultim et un trimaran Ocean Fifty, l'Edenred 5 de Basile Bourgnon, le précèdent sur la route de Pointe-à-Pitre. Les sept autres Ocean Fifty encore en course, des multicoques réputés plus rapides que son monocoque, sont derrière lui. Pour une première Route du Rhum et une première saison en solitaire en IMOCA, c'est une course hors du commun.
Un monocoque au milieu des trimarans
Le classement officiel publié par l'organisation à 1 h place Corentin Horeau (MACSF) à 1 113,7 milles de l'arrivée (Route du Rhum). Devant lui, on ne trouve que les Ultim de Tom Laperche, Thomas Coville, Louis Burton et Guirec Soudée, puis Basile Bourgnon, leader des Ocean Fifty, à un peu plus de cent milles. Derrière, la liste a de quoi surprendre :
| Bateau | Classe | Distance à l'arrivée | Écart avec Horeau |
|---|---|---|---|
| Edenred 5 (Basile Bourgnon) | Ocean Fifty | 1 007,9 milles | 105,8 devant |
| MACSF (Corentin Horeau) | IMOCA | 1 113,7 milles | – |
| Wewise (Pierre Quiroga) | Ocean Fifty | 1 123,2 milles | 9,5 derrière |
| Solidaires En Peloton | Ocean Fifty | 1 141,2 milles | 27,5 derrière |
| Sodebo Fifty (Léonard Legrand) | Ocean Fifty | 1 166,3 milles | 52,6 derrière |
| Viabilis Oceans (Baptiste Hulin) | Ocean Fifty | 1 189,2 milles | 75,5 derrière |
| IDEC Sport (Alexia Barrier) | Ultim | 1 259,4 milles | 145,7 derrière |
| Macif Santé Prévoyance (Sam Goodchild) | IMOCA | 1 383,2 milles | 269,5 derrière |
Il faut mesurer ce que cela veut dire. Un Ocean Fifty est un trimaran de 50 pieds (15,24 m) : plus court qu'un IMOCA de 60 pieds, mais beaucoup plus léger et posé sur trois coques, donc nettement plus rapide dès que le vent se lève. En 2022, le premier d'entre eux, Erwan Le Roux, avait coupé la ligne de Pointe-à-Pitre le dimanche 20 novembre (Figaro Nautisme), une vingtaine d'heures avant le premier IMOCA, Thomas Ruyant, arrivé en 11 jours 17 heures et 36 minutes. Cette année, un monocoque navigue au contact direct des trimarans, à moins de dix milles de Wewise, et l'Ultim IDEC Sport, vainqueur de la course à trois reprises sous trois noms différents, se trouve même derrière lui.
Une précision s'impose : on parle ici de distance au but, la mesure qu'utilise le classement provisoire. Les trajectoires ne sont pas identiques et les écarts réels se jugeront sur la ligne. Il n'empêche qu'à cinq jours de l'arrivée, voir un IMOCA intercalé entre les trimarans reste une image rare.
Une route plus au sud et une vitesse qui ne faiblit pas
L'avance de Corentin Horeau n'est pas tombée du ciel. Vendredi, les comptes rendus de course lui donnaient déjà environ 185 milles d'avance sur Boris Herrmann, avec un peu plus de 2 000 milles à parcourir (MySailing). Elle a depuis gonflé d'environ 80 milles. Sur les dernières 24 heures, MACSF a couvert 487 milles, soit une moyenne d'un peu plus de 20 nœuds, contre 458 pour Goodchild et 432 pour Herrmann. Au moment du pointage, le bateau filait 22,6 nœuds sous un alizé d'est-nord-est d'une vingtaine de nœuds.
La trace du suivi en direct montre comment il a construit cet écart. Au nord-ouest des Açores, à mi-parcours, Horeau a plongé vers le sud plus tôt que ses principaux rivaux, restés plus au nord. Il se trouve aujourd'hui par 30°22' N et 49°42' W, en plein milieu du groupe des Ocean Fifty, alors que Goodchild et Herrmann naviguent deux degrés plus au nord et près de cinq degrés plus à l'est. Ce décalage lui a vraisemblablement offert plus tôt un vent portant et régulier, celui qui convient le mieux aux IMOCA à foils. Depuis Saint-Malo, il a parcouru près de 2 800 milles sur l'eau, environ 380 de plus que Sam Goodchild, ce qui donne une idée de la vitesse qu'il a su tenir.
La course a aussi été dure pour plusieurs favoris. Jérémie Beyou, désigné favori par l'organisation, est rentré pour raisons médicales, et l'Italien Ambrogio Beccaria, cinquième, a abandonné vendredi après une chute qui lui a laissé de fortes douleurs au dos (France 3 Bretagne). La liste complète est dans les abandons de la Route du Rhum 2026. Mais Horeau a pris la tête en battant ses adversaires à la vitesse et à la stratégie, pas en profitant de leurs ennuis : Goodchild et Herrmann, deux marins aguerris en IMOCA, sont toujours en course et toujours derrière lui.
Un vainqueur de la Solitaire, novice en solitaire sur IMOCA
Rien de tout cela n'était écrit. Corentin Horeau, marin de La Trinité-sur-Mer diplômé de la marine marchande, s'est fait un nom sur le circuit Figaro, le plus exigeant des circuits en solitaire. Il a remporté La Solitaire du Figaro en 2023 et le championnat de France Élite de course au large la même année (IMOCA). Il a découvert l'IMOCA cette année-là, à deux, sur la Transat Jacques Vabre avec Benjamin Dutreux, avant de remporter en 2024 la Finistère Atlantique en Ultim avec Armel Le Cléac'h. Il a même terminé deuxième de la Route des Terre-Neuvas en Ocean Fifty avec Baptiste Hulin, qu'il devance aujourd'hui de 75 milles.
En mai 2025, la MACSF l'a choisi pour mener son projet Vendée Globe 2028 et a racheté pour cela l'IMOCA Paprec Arkéa de Yoann Richomme, deuxième du dernier Vendée Globe. Dessiné par Pascal Conq et Antoine Koch, construit chez Multiplast à Vannes, ce bateau compte parmi les plus aboutis de la flotte (MACSF). Horeau a passé la saison 2025 à bord comme co-skipper de Richomme, puis le bateau a été remis à l'eau aux couleurs de MACSF le 2 avril 2026 après trois mois de chantier. Sa première course en solitaire sur un IMOCA, la 1000 Race en mai, s'est terminée à la deuxième place.
Au départ de Saint-Malo, le 1er novembre, il se gardait bien de fixer un objectif : « Je n'aime pas trop annoncer un objectif chiffré », disait-il, avant de rappeler : « C'est seulement ma première saison en solitaire » (MACSF). Six jours plus tard, il est le seul monocoque du top 10.
Ce qu'il reste à faire
Plus de mille milles le séparent encore de la Guadeloupe, dont le tour de l'île par Basse-Terre, que l'organisation estime à près de neuf heures pour un IMOCA et qui a souvent redistribué les cartes dans les petits airs sous le vent de la Soufrière. Notre routage le place sur la ligne autour du mercredi 11 novembre en soirée, heure de Paris, soit en un peu plus de dix jours de course, ce qui le ferait passer sous le record de la classe établi par Thomas Ruyant en 2022. L'estimation bouge à chaque pointage : elle se suit sur la page des arrivées estimées, avec sa fourchette, et les raisons de s'en méfier sont expliquées dans notre article sur la fiabilité des heures d'arrivée.
Avec 270 milles de marge, une casse est plus à craindre que ses poursuivants. Mais si MACSF tient jusqu'au bout, la Route du Rhum 2026 aura révélé, deux ans avant le Vendée Globe, un nouveau nom dans la classe reine des monocoques. Sa position, sa vitesse et son écart se suivent à chaque pointage sur le suivi en direct et sur le classement des IMOCA. Les autres skippers de sa classe sont présentés dans les IMOCA et leurs skippers, et ses voisins de route dans les Ocean Fifty et leurs skippers.
Questions fréquentes
Qui mène les IMOCA sur la Route du Rhum 2026 ?
Corentin Horeau, sur MACSF. Au pointage de 1 h (heure de Paris) le samedi 7 novembre, il comptait 269,5 milles d'avance sur Sam Goodchild (Macif Santé Prévoyance) et 270,7 sur Boris Herrmann (Malizia 4).
Corentin Horeau est-il devant les Ocean Fifty ?
Devant tous sauf un. Au même pointage, il était 6e au général, derrière quatre Ultim et l'Ocean Fifty Edenred 5 de Basile Bourgnon, et devant les sept autres Ocean Fifty encore en course, Wewise de Pierre Quiroga en tête, à 9,5 milles.
Sur quel bateau navigue Corentin Horeau ?
Sur l'IMOCA MACSF, l'ex-Paprec Arkéa de Yoann Richomme, deuxième du Vendée Globe 2024-2025. Le bateau a été dessiné par Pascal Conq et Antoine Koch et construit chez Multiplast à Vannes.
Est-ce sa première Route du Rhum ?
Oui. C'est aussi sa première saison en solitaire sur un IMOCA, après une victoire sur La Solitaire du Figaro en 2023 et une deuxième place sur la 1000 Race en mai 2026.